Abidjan, Côte d'Ivoire
AfricaRice appelle à la vigilance face à la mauvaise qualité du riz importé dans les pays africains

7 juin 2016


AfricaRice appelle à la vigilance face à la mauvaise qualité du riz importé
 dans les pays africains
 

Dans le cadre de son mandat, le Centre du riz pour l’Afrique (AfricaRice) joue un rôle clé en donnant des conseils à ses États membres sur les questions cruciales de la production et de la commercialisation du riz. A titre d’exemple, la crise rizicole de 2008 en Afrique avait été clairement prédite par AfricaRice et ses pays membres avaient été alertés en 2007 par le Conseil des ministres, qui est l’instance suprême de supervision d’AfricaRice. En conséquence, beaucoup de pays africains producteurs de riz ont développé et mis en œuvre des stratégies nationales de développement rizicole dans le cadre de la Coalition pour le développement de la riziculture en Afrique (CARD) en vue de réduire leur dépendance au riz importé.

AfricaRice voudrait avertir ses États membres qu’il a récemment reçu des informations crédibles sur les plans de la Thaïlande d’exporter en mai et juin 2016 11,4 millions de tonnes de riz des stocks du gouvernement. Bien qu’il puisse paraître irréaliste d’exporter 11,4 millions de tonnes pendant deux mois seulement, il s’agit là d’une véritable épée de Damoclès au-dessus du secteur rizicole en Afrique, puisque l’Afrique pourrait être utilisé encore comme un dépotoir si l’on n’y prend pas garde.

Récemment, les journaux des pays d’Afrique de l’Ouest ont rapporté que du riz de qualité « inférieure à la normale » est en train d’être importé, en particulier des pays asiatiques puisque les marchés africains sont considérés comme “pas trop exigeants » en ce qui concerne les aspects de qualité. Du riz importé de piètre qualité a été suivi de près dans certaines parties de l’Afrique de l’Ouest. Au Sénégal, en particulier, la Police nationale a saisi récemment 22 690 tonnes correspondant à une valeur de six milliards de FCFA (10,3 millions USD) de brisure de riz indien impropre à la consommation humaine. 

AfricaRice aimerait donc attirer l’attention de nos décideurs, notamment le Conseil des ministres d’AfricaRice et ses partenaires au développement, sur les implications de telles exportations massives de riz dans une courte période de temps en direction de l’Afrique dans les trois principaux canaux du secteur rizicole en Afrique indiqués ci-dessous.

 

  1. Marché mondial : Le prix du riz sur le marché mondial est actuellement à la hausse et est estimé être au taux de 1 % et 2 % en février et mars 2016, respectivement (OSIRIZ, 2016). Si nous supposons que le taux va poursuivre sa croissance au-delà de 2 %, la Thaïlande va en effet gagner beaucoup d’argent tandis que la balance commerciale de l’Afrique sera défavorablement affectée. Cela entrainerait des effets de prix qui pourraient saper les efforts qui sont en cours pour supporter la production accrue et durable du riz local en quantité et en  qualité.
     

  2. Santé publique : Une partie du riz stocké prévue à l’exportation pourrait avoir été stocké pendant longtemps en utilisant des produits chimiques, qui pourraient avoir des effets néfastes sur les consommateurs. Bien que les consommateurs aient tendance à économiser sur le prix bas du riz importé, ils auront besoin de dépenser plus d’argent pour soigner leur santé.
     

  3. Ambitions d’autosuffisance en riz des gouvernements africains : Le dumping de ces quantités massives de riz sur le marché du riz en Afrique va décourager la production et la vente du riz local. Il sera, à coup sûr, contreproductif à l’objectif d’autosuffisance en riz des pays africains. En effet, les producteurs et les transformateurs en Afrique de même que les autres acteurs de la chaîne de valeur du riz vont, comme d’habitude, faire face au problème de la compétitivité en termes de disponibilité permanente et de bas prix du riz importé sur les marchés, ce qui peut entraîner la démotivation puisque leurs revenus vont baisser. Cela va en retour entraîner une baisse de la production du riz de qualité à long terme surtout si rien n’est fait.

À ce stade, AfricaRice aimerait donner les conseils politiques suivants :

  1. Normes de la qualité du riz : Pour des raisons de santé publique, il urge d’assurer que le riz importé réponde aux normes de qualité requises. Les gouvernements africains doivent adopter des mesures non-tarifaires basées sur la norme de qualité du riz importé à partir de n’importe quel pays, et veiller au contrôle effectif de la qualité aux frontières.
     

  2. Suivi de près du riz importé dans les marchés africains : Les agences gouvernementales, les importateurs et les producteurs de riz doivent suivre de près les mouvements du riz importé dans les marchés de riz en Afrique. De plus, si les gouvernements africains peuvent certifier la qualité physique et nutritionnelle du riz importé, il serait alors temps qu’ils mettent en œuvre maintenant les programmes d’achat en vrac et de stockage du riz, comme deux importants instruments politiques au niveau régional (tel qu’indiqué dans un article du Directeur général d’AfricaRice Dr Harold Roy-Macauley[1]), afin de faciliter les importations de riz avec l’implication des partenaires des secteurs public et privé, en vue d’une meilleure gestion de ces importations.
     

  3. Mesures politiques qui améliorent la compétitivité de la chaîne de valeur du riz : Le riz produit localement est en effet compétitif en termes de qualité et de prix, donc attrayant pour les consommateurs locaux. Le travail pilote d’AfricaRice sur le “consentement à payer” (CP) pour le riz est la preuve que le riz local est préféré au riz importé de même qualité. La mise en œuvre par les gouvernements des politiques qui encouragent la compétitivité du marché des denrées doit être intensifiée. Quatre principales politiques pourraient être avancées comme suit : (i) Accroître l’investissement dans les systèmes d’irrigation résilients au climat en vue de booster la productivité et réduire l’expansion non durable des zones rizicoles pluviales ; (ii) Accroître les investissements dans les systèmes de transformation et de commercialisation afin d’apporter du riz de bonne qualité aux consommateurs urbains; (iii) Eviter les tarifs extérieurs élevés et (iv) Porter la science rizicole au-devant du débat politique en Afrique.

Dans le cadre du mandat qui lui a été donné par ses États membres, AfricaRice réitère son engagement à la consolidation des partenariats avec les gouvernements africains en vue de booster le secteur rizicole en Afrique en général et réaliser l’autosuffisance en riz dans les pays en particulier.


 

[1] Roy-Macauley, H. 2016. Increasing rice production in Africa to enhance food security. Africa Policy Review. http://africapolicyreview.com/analysis/increasing-rice-production-in-africa-to-enhance-food-security/

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AfricaRice est un Centre de recherche du CGIAR – un partenariat mondial de la recherche agricole pour un futur sans faim. C’est aussi une association de recherche intergouvernementale composée de pays membres africains.

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